Bandit Bandit

Bandit Bandit rallume la mèche. Deux ans après son premier album, le duo le plus sulfureux du rock hexagonal revient avec “Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas”. Un disque plus frontal, plus catchy et d’une grande maîtrise. Premier coup de semonce : “Pas le Temps”, un single de combat porté par des guitares hurlantes et un flow nerveux. Sous la déflagration rock, une pulsation eighties à la Daho, élégante et venimeuse. La voix féminine y épingle ces mâles soi-disant “déconstruits” mais toujours prompts à enfermer les femmes dans des codes bourgeois : “Je n’ai pas besoin d’un homme, je n’ai besoin de rien” ! La gifle est chic, mais elle laisse des marques. C’est là tout le savoir-faire de Bandit Bandit : la tension entre désir et défi, entre caresse et morsure.
Le groupe est né d’une fièvre entre Maëva Nicolas (chant) et Hugo Herleman (guitare, claviers, compositions). Au départ, un plan de cul glissé sur Tinder qui se transformera plus tard en histoire d’amour tapageuse. Elle a 20 ans, lui 24. Leurs nuits sont rythmées par les excès et de grandes conversations. Ensemble, ils rêvent d’un équilibre inédit entre rock stoner et chanson française. En 2019, les deux amants sautent le pas et fondent Bandit Bandit.
Après deux EPs remarqués, le duo tape dans l’œil d’Azzedine Djelil qui les signe sur son label Backdoor Records. 11:11, leur premier album, leur ouvre les portes des radios, des télés et des festivals. Mais en coulisses, le couple bat de l’aile. “On s’est séparés d’un commun accord… Enfin, c’est surtout elle qui était d’accord”, ironise Hugo. La tournée vire au grand huit émotionnel, entre extases scéniques, crise de larmes et engueulades homériques.
À peine rentrés, il faut penser à la suite. Les deux ex se retrouvent chez Hugo, à Lyon, pour travailler sur quelques démos. Cette fois, en amis. Les plaies ont cicatrisé, les rancunes se sont dissoutes dans le temps et d’autres bras. Mieux, se décoller a permis aux deux artistes de nouer un nouveau dialogue créatif, chacun ramenant ses obsessions nouvelles. Hugo, éternel disciple de Nirvana et des Queens of the Stone Age, replonge dans le rock des années 90-2000 (des Pixies aux Smashing Pumpkins) et s’entiche des derniers Wet Leg et The Last Dinner Party. Maëva, elle, se laisse happer par St. Vincent et par la mélancolie lumineuse de la Québécoise Lou-Adriane Cassidy.
Mais pour avancer, Bandit Bandit doit changer d’air et de méthodes. Le groupe répond à l’invitation de Lionnel Buzac (Gaëtan Roussel, Izia, Chien Noir, Saint Graal), qui les accueille dans le studio qu’il a aménagé au fond de son jardin, dans le Sud-Ouest. Les chansons naissent dans une frénésie. Entre les trois musiciens, les idées fusent. Six titres sont ainsi coécrits avec l’ancien membre du groupe Soma. Puis l’album est produit par Azzedine Djelil, au studio Backdoor, avant d’être masterisé par Matt Colton (Arctic Monkeys, Fontaines D.C….).
À l’arrivée, “Cavalcades – Ce que la nuit ne dit pas” s’impose comme un formidable album-bilan d’une vingtaine tumultueuse. “De mes 20 à mes 30 ans, il s’est passé tellement de choses, confie Maëva. Ces dix années ont été faites d’éclats de joie et de dépressions profondes. J’ai mûri. Je suis devenue une femme. Il m’a fallu apprendre à vivre sans Hugo. J’ai aujourd’hui un besoin presque vital de savoir qui je suis, en tant que femme et en tant qu’artiste.”
L’écriture du groupe n’a jamais été aussi directe et poétique. Aussi intime et politique. À l’instar d’“Opaline”, morceau d’une douceur presque pop, porté par un piano à la Sébastien Tellier, où Maëva aborde un sujet aussi douloureux que rare en chanson : l’avortement. Une épreuve qu’elle a traversée dans sa chair et choisie de raconter avec une honnêteté désarmante. Débordante d’émotions, de mots et de secrets, la chanteuse a prolongé le disque d’un recueil de poèmes dont certains textes font écho aux chansons de l’album.
Alternant griffures saturées et caresses mélodiques, Bandit Bandit joue à fond les contrastes. Des guitares immenses de “Rien Attendre” qui ouvre l’album comme un portail incandescent à “Joli Voyage”, où le groupe s’offre un trip boogie façon Black Keys. “Message pour O.” a des airs d’Elli et Jacno perdus dans un orage électrique. Plus loin, le stoner “Idole” questionne nos fidélités : que faire de nos icônes d’hier ? Et puis il y a “Seulement cette fois”, chanson entêtante sur fond de dépendance affective avec une guitare qui colle à la voix comme on colle à une peau qu’on ne parvient pas à quitter (“Seulement cette fois / Je ne te suivrai pas / Tu m’as eu cent fois sur le bout de tes doigts”). Un tube en puissance qui pourrait bien propulser le duo dans une toute autre dimension.
La fin de l’histoire d’amour entre Hugo et Maëva méritait bien un requiem. Dernier titre de ce disque à cœurs et corps ouverts, “Pour toi” est une chanson de rupture où guitare folk et électrique s’enlacent une dernière fois. “Je crois bien qu’un jour on se retrouvera”, chante Maëva, la voix fêlée mais debout. Aucun doute, ces deux-là se sont retrouvés, ailleurs, autrement, mais ensemble, toujours.
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